dimanche 29 juin 2008
Le temps des Reconquêtes !
Vous pouvez ici découvrir la contribution du Nouveau Parti Soacialiste au Congrès de Reims du Parti Socialiste pour 2008.
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société post-libérale
lundi 16 juin 2008
Reconquêtes - "éduquer : un nouvel humanisme"
Par Fréderic Faravel
De la crise de l'éducation à la casse de l'éducation :
Dans un monde de plus en plus complexe, nous devons permettre à chacun de se doter des meilleurs outils pour comprendre. Certains voudraient que l'école se réduise à ses fondamentaux : lire, écrire compter. D'autres souhaiteraient ne lui assigner qu'une finalité économique. L'enjeu est aujourd'hui tout autre.
L'éducation a pour mission d'émanciper des déterminismes culturels, économiques et sociaux, et de favoriser, par l'esprit critique et les capacités d'expression, une perpétuelle et large autonomie des individus. Il s'agit de doter les citoyens d'outils pour analyser et comprendre le monde. Repenser la laïcité s'inscrit dans cette optique. Cette laïcité s'inscrit dans un contexte nouveau et doit donc être renouvelée : il s'agit de promouvoir sans concession l'esprit critique face aux diffusions du modèle consumériste. À la fin du XIXème siècle, il fallait libérer les consciences des prêches du dimanche.
Aujourd'hui n'est-il pas nécessaire de les libérer des nouveaux prêcheurs de la tranche horaire 19h00-21h00 ? Impulser une mobilisation des consciences, s'interroger sur la marche du monde, sur le devenir de chacun plus que sur la mise en concurrence des marques et des logos : voilà aujourd'hui l'enjeu que doit relever l'éducation.
L'école doit retrouver dans un projet progressiste, socialiste et démocratique trois fonctions essentielles qu'elle a peu à peu perdue :
-elle doit donner à voir et à critiquer, elle apprend à distinguer savoir et certitudes, elle apprend le doute ;
-elle doit transmettre une mémoire et une histoire,des modes culturelles, et permet au jeune citoyen d'inscrire la réflexion dans une épaisseur temporelle pour en retirer les leçons du passé ;
-elle doit former un espace « fictif » à l'image de la société politique elle-même pour permettre à l'enfant de comprendre et de maîtriser l'abstraction de la société politique.
Les autoritarismes se satisfont toujours de l'inculture et du développement de sous-cultures à défaut d'endoctrinement. Il n'y a de citoyens qu'instruits et donc critiques. Pour avancer sur ce terrain, au regard de la politique menée depuis 6 ans par la droite (notamment sous les ministères Robien et Darcos) et aux vues du projet de société développé par le président Sarkozy, nous voyons déjà se profiler une école « républicaine » (de nom seulement) dont le seul objectif serait désormais utilitariste sans aucune autre ambition que de faire des écoliers de futurs consommateurs et de futurs salariés exploités soumis docilement à la précarité.
En ce sens, la suppression de la carte scolaire - prônée jusque dans nos rangs - nous inquiète : elle ne va pas permettre d'avancer vers la mixité sociale, bien au contraire. Certes, le système actuellement en vigueur est injuste et largement détourné par les privilégiés. Mais on pouvait imaginer de réformer la carte scolaire sans la supprimer. Il serait en la matière peut-être utile que les instances régionales des conseils économiques et sociaux soient saisies de cette question et proposent un redécoupage des secteurs scolaires permettant une vraie mixité sociale : en associant par exemple des centres-ville et des banlieues, en développant des établissements sur des zones « frontalières », etc. On pouvait imaginer également une réflexion sur une politique de « bassins », plusieurs établissements (écoles, collèges et lycées) travaillant ensemble pour organiser la mixité sociale en leur sein.
Aujourd'hui, on se contente d'une suppression progressive qui va bénéficier à ceux qui sauront en profiter. Le plus inquiétant, c'est que les « bons » établissements font l'objet de très importantes demandes : on fait croire aux parents qu'ils vont pouvoir choisir leur établissement. En réalité, ce sont les établissements qui choisissent déjà les élèves.
Le système éducatif contribue à reproduire les inégalités existant dans la société : on assiste aujourd'hui à une stagnation, voire à une régression de la démocratisation de l'accès à l'enseignement et aux diplômes ! D'un côté, l'accès aux diplômes les plus prestigieux est de plus en plus réservé à une élite, qui détient un savoir « secret » ultra-discriminant, celui de « l'orientation » : elle sait quelles sont les bonnes filières, les bonnes classes préparatoires, les bonnes options. D'un autre côté, au moins 60 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme.
Il faut s'attaquer au noyau dur des élèves en situation d'échec, en se donnant les moyens d'apporter à chaque problème que rencontre un élève une réponse adaptée. Certains tendent à penser qu'il existe des élèves « irréductibles » à l'acquisition des savoirs, qu'il faudrait exclure pour préserver les autres. Accepter cette fatalité, c'est renier l'exigence d'égalité. L'inégalité et l'acceptation du déterminisme commencent dans les têtes des enfants.
Le président de la République et le ministre de l'éducation ne cessent de dénoncer le pédagogisme dont ils affirment que Philippe Mérieu est le principal représentant. Cette stigmatisation n'a à nos yeux qu'un véritable objectif : écarter la vraie question, qui est « que fait-on des élèves qui ne veulent pas apprendre ? ». Les pédagogues n'ont cessé de poser cette question et le font encore obstinément. Le gouvernement actuel répond par des « y a qu'à » et « il faut que ». Il pense que s'intéresser à la mobilisation des élèves sur leurs apprentissages est de la démagogie et du temps perdu, alors que c'est la seule condition pour une véritable démocratisation. Si on ne traite pas de la question du désir d'apprendre, seuls ceux qui ont trouvé leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau vont réussir à l'école. Sous prétexte de réalisme, la politique d'aujourd'hui tourne le dos à tous les acquis de la pédagogie. Elle est plus proche du formatage que de l'éducation, et si je devais souhaiter une chose, ce serait qu'on réhabilite le patrimoine et la formation pédagogiques dans tous les domaines. Célestin Freinet, Maria Montessori, Anton Makarenko, Lorenzo Milani, Pestalozzi, Oury, ont beaucoup de choses encore à nous apprendre. Si nous ne les écoutons pas un peu, nous allons vraiment sacrifier une génération d'élèves. Les méthodes qui ont « fait leurs preuves », ce sont eux qui les ont proposées et ce sont eux qu'il faut écouter.
Une réforme radicale des trois premières années de l'université est nécessaire. Aujourd'hui, l'université, pour beaucoup d'étudiants, c'est la jungle et le règne de la débrouille. Seuls quelques étudiants motivés et adaptés survivent. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux préfèrent aller en classe préparatoire, en BTS ou en DUT, où ils ont le sentiment d'être mieux encadrés, mieux suivis, et mieux épaulés dans leur travail. Il faut donc penser une pédagogie totalement différente pour l'entrée à l'université, avec des petits groupes, des apprentissages méthodologiques, un tutorat systématique, des entretiens d'évaluation réguliers…
Reprendre l'offensive dans le monde enseignant :
Nous sommes donc convaincus qu'une réelle unité d'action doit se construire entre une gauche progressiste et l'ensemble des acteurs du milieu éducatif. En effet nous ne pouvons nous permettre de regarder se dégrader la situation et de constater les dégâts résultants des politiques de droite mais également agir par l'intermédiaire des organisations professionnelles et syndicales d'enseignants, des syndicats étudiants et lycéens, des mutuelles, des organisations de parents d'élèves mais nous devrons également agir en commun avec les mouvements d'éducation populaire pour ne pas baisser les bras concernant une population nombreuse qui a été quitté le milieu scolaire ou universitaire.
Attention à éviter certains faux débats… Nous ne sommes pas hostile a priori à la bivalence, dès lors qu'elle s'effectue sur la base du volontariat des professeurs. Un des problèmes majeurs des établissements du second degré aujourd'hui est la fragmentation des enseignements. L'élève n'a pas de vision globale des exigences de ses professeurs, et ces derniers ne constituent pas une véritable équipe susceptible d'assurer un suivi cohérent et une relation constructive avec les familles. Il faut penser des unités pédagogiques d'une centaine d'élèves, confiées à une douzaine de professeurs, qui y effectueraient la totalité de leur service. Ils jouiraient ainsi d'une liberté pour adapter leur enseignement aux élèves et pourraient être véritablement impliqués dans le fonctionnement de l'établissement. Concernant l'accès à la bivalence, il faut proposer aux enseignants une année sabbatique de formation en compensation de leur acceptation et de leur engagement à se former et à enseigner dans une deuxième discipline.
Le manque de reconnaissance sociale et financière des enseignants est très grave aujourd'hui. C'est l'une des principales raisons du malaise. Probablement a-t-on profité de la féminisation massive de ce métier pour ne pas trop en augmenter les salaires, ce qui est proprement scandaleux. Dans l'histoire pourtant, les professeurs n'ont guère été mieux payés qu'aujourd'hui. Mais ils jouissaient d'une estime sociale et d'un statut qui pouvaient compenser ce déficit financier. Par ailleurs, les difficultés du métier étaient moindres : aujourd'hui, on attend du professeur qu'il assume des fonctions qui ont été progressivement abandonnées par la religion, la collectivité et la famille. On attend de lui qu'il promeuve des valeurs qui sont radicalement contraires à celles de la publicité et des médias. On exige qu'il fasse réussir tous les élèves... Tout cela est, somme toute, une évolution logique sinon normale, mais qui nécessite de repenser la place de l'enseignant dans la société, la nature de ses missions, sa formation, et, bien évidemment, sa rémunération.
Il est par ailleurs désormais impératif de changer le système de recrutement pour mieux l'adapter à la réalité des écoles et des établissements. Pourquoi certains professeurs, parce qu'ils ont passé un concours plus difficile, auraient-ils moins d'heures de cours à effectuer, le plus souvent devant des élèves de centre-ville, et en étant plus payés. Il nous semble qu'il faut prendre en compte les difficultés réelles qui se posent sur le terrain et promouvoir la formation continue des enseignants. Dans ce cadre, l'agrégation pourrait être une promotion pour ceux et celles qui se sont beaucoup investis dans leur métier et ont mis en place des activités pédagogiques nouvelles et efficaces.
Par ailleurs, il faut sans doute réfléchir à l'équilibre, au sein des concours, entre les différentes épreuves. Les épreuves à caractère pédagogique sont insuffisantes et ne permettent pas vraiment de valider les compétences qui auraient été acquises dans ce domaine.
Renforcer l'éducation populaire :
Permettre à notre peuple de s’investir dans la construction de son avenir permet à la fois de le rendre partie prenante de ce projet mais aussi d’être acteur citoyen défendant l’intérêt général et mettant de côté tout intérêt particulier synonyme de division, d’individualisme, de communautarisme. Cette méthode est celle de l’éducation populaire qui s’inscrit dans une démarche républicaine.
Si l’éducation populaire peut se définir comme une pédagogie interactive où les individus sont acteurs de leur propre formation, elle est avant tout l’apprentissage de l’initiative, de la prise de responsabilité et de l’autonomie. Elle se propose de faire émerger, par des pratiques collectives de mise en situation, les ressorts, les potentialités inhérentes à chaque individu, à chaque groupe. En ce sens, l’éducation populaire incite à l’action collective, à la découverte de l’exercice du contre-pouvoir. Elle peut permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place de citoyen. Elle permet à chacun(e) de progresser et de développer, à tous les âges de la vie, une réelle capacité à vivre en société.
L’éducation populaire n’est la propriété de personne ; au contraire, elle est disponible pour tous, sans différence de classe ni de fonction. Elle suppose un effort de tous, une soif de connaître et d’écouter réciproquement, quels que soient les statuts et fonctions.
Elle est une méthode incontournable pour faire vivre la démocratie participative. Elle est l’élément indispensable de la construction d’un projet de société qui réduit les inégalités sociales, culturelles et économiques. En ce sens, elle vise à l’émancipation collective et collectivement, de tous et par tous ! L’intervention associative est d’autant plus importante qu’elle n’apparaît pas, aux yeux des citoyens, comme liée à des enjeux de postes électifs mais à la défense d’une orientation politique claire.
L’éducation populaire peut et doit être notre outil pour contribuer à faire comprendre les enjeux et la complexité des situations vécues, à faire prendre conscience aux individus de leur place et de leur rôle possible, à leur permettre d’acquérir leur autonomie afin de maîtriser les situations plutôt que de les subir. Elle contribue à la construction de la conscience individuelle et collective pour permettre la transformation sociale. L’éducation populaire, dans le prolongement de l’enseignement public, parce qu’elle permet à chacun de s’approprier une citoyenneté active, contribue à défendre et à renforcer les valeurs de la République. L’éducation populaire offre aux personnes l’outil pour redevenir des acteurs démocratiques, des porteurs de projets.
Si nous souhaitons être compris, nous devons d’abord savoir entendre les nouvelles attentes des citoyens. Ils exigent désormais des orientations politiques claires s’inscrivant dans le respect et la défense de nos valeurs républicaines socialistes. Ils exigent d’en être les acteurs. La crise politique, sociale et institutionnelle dans laquelle notre pays est entré ne peut se dénouer que par un changement radical du lien que nous entretenons avec notre peuple. Nous devons lui proposer un modèle démocratique rééquilibré. Le moment est venu de donner à la démocratie participative les moyens, y compris institutionnels, de se développer.
Cela concerne tous les segments de la vie sociale :
-dans la cité avec la place et le rôle des conseils de quartier, les droits et obligations des élus (majoritaires et minoritaires), le droit d’interpellation citoyen tant auprès des collectivités élues que des entreprises locales, reconnaissance de la place et du rôle des associations de défenses d’intérêts collectifs non communautaires (consommation, environnement, loisirs,…) ;
-dans l’entreprise avec la protection accrue de l’exercice du droit syndical, la valorisation et la protection des institutions représentatives des personnels dans TOUTES les entreprises, la reconnaissance des accords majoritaires, la modification des règles de la représentativité ;
-dans l’éducation avec le développement des structures de la vie lycéenne, un rôle accru des partenaires de la co-éducation (parents d’élèves, associations partenaires de l’école publique, projets d’établissement) ;
-dans la vie culturelle avec son accès pour tous dès la scolarité, l’abandon de la logique commerciale des programmes télévisuels publics laissant place à la création et à l’ouverture sur le monde.
Frédéric Faravel
De la crise de l'éducation à la casse de l'éducation :
Dans un monde de plus en plus complexe, nous devons permettre à chacun de se doter des meilleurs outils pour comprendre. Certains voudraient que l'école se réduise à ses fondamentaux : lire, écrire compter. D'autres souhaiteraient ne lui assigner qu'une finalité économique. L'enjeu est aujourd'hui tout autre.
L'éducation a pour mission d'émanciper des déterminismes culturels, économiques et sociaux, et de favoriser, par l'esprit critique et les capacités d'expression, une perpétuelle et large autonomie des individus. Il s'agit de doter les citoyens d'outils pour analyser et comprendre le monde. Repenser la laïcité s'inscrit dans cette optique. Cette laïcité s'inscrit dans un contexte nouveau et doit donc être renouvelée : il s'agit de promouvoir sans concession l'esprit critique face aux diffusions du modèle consumériste. À la fin du XIXème siècle, il fallait libérer les consciences des prêches du dimanche.
Aujourd'hui n'est-il pas nécessaire de les libérer des nouveaux prêcheurs de la tranche horaire 19h00-21h00 ? Impulser une mobilisation des consciences, s'interroger sur la marche du monde, sur le devenir de chacun plus que sur la mise en concurrence des marques et des logos : voilà aujourd'hui l'enjeu que doit relever l'éducation.
L'école doit retrouver dans un projet progressiste, socialiste et démocratique trois fonctions essentielles qu'elle a peu à peu perdue :
-elle doit donner à voir et à critiquer, elle apprend à distinguer savoir et certitudes, elle apprend le doute ;
-elle doit transmettre une mémoire et une histoire,des modes culturelles, et permet au jeune citoyen d'inscrire la réflexion dans une épaisseur temporelle pour en retirer les leçons du passé ;
-elle doit former un espace « fictif » à l'image de la société politique elle-même pour permettre à l'enfant de comprendre et de maîtriser l'abstraction de la société politique.
Les autoritarismes se satisfont toujours de l'inculture et du développement de sous-cultures à défaut d'endoctrinement. Il n'y a de citoyens qu'instruits et donc critiques. Pour avancer sur ce terrain, au regard de la politique menée depuis 6 ans par la droite (notamment sous les ministères Robien et Darcos) et aux vues du projet de société développé par le président Sarkozy, nous voyons déjà se profiler une école « républicaine » (de nom seulement) dont le seul objectif serait désormais utilitariste sans aucune autre ambition que de faire des écoliers de futurs consommateurs et de futurs salariés exploités soumis docilement à la précarité.
En ce sens, la suppression de la carte scolaire - prônée jusque dans nos rangs - nous inquiète : elle ne va pas permettre d'avancer vers la mixité sociale, bien au contraire. Certes, le système actuellement en vigueur est injuste et largement détourné par les privilégiés. Mais on pouvait imaginer de réformer la carte scolaire sans la supprimer. Il serait en la matière peut-être utile que les instances régionales des conseils économiques et sociaux soient saisies de cette question et proposent un redécoupage des secteurs scolaires permettant une vraie mixité sociale : en associant par exemple des centres-ville et des banlieues, en développant des établissements sur des zones « frontalières », etc. On pouvait imaginer également une réflexion sur une politique de « bassins », plusieurs établissements (écoles, collèges et lycées) travaillant ensemble pour organiser la mixité sociale en leur sein.
Aujourd'hui, on se contente d'une suppression progressive qui va bénéficier à ceux qui sauront en profiter. Le plus inquiétant, c'est que les « bons » établissements font l'objet de très importantes demandes : on fait croire aux parents qu'ils vont pouvoir choisir leur établissement. En réalité, ce sont les établissements qui choisissent déjà les élèves.
Le système éducatif contribue à reproduire les inégalités existant dans la société : on assiste aujourd'hui à une stagnation, voire à une régression de la démocratisation de l'accès à l'enseignement et aux diplômes ! D'un côté, l'accès aux diplômes les plus prestigieux est de plus en plus réservé à une élite, qui détient un savoir « secret » ultra-discriminant, celui de « l'orientation » : elle sait quelles sont les bonnes filières, les bonnes classes préparatoires, les bonnes options. D'un autre côté, au moins 60 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme.
Il faut s'attaquer au noyau dur des élèves en situation d'échec, en se donnant les moyens d'apporter à chaque problème que rencontre un élève une réponse adaptée. Certains tendent à penser qu'il existe des élèves « irréductibles » à l'acquisition des savoirs, qu'il faudrait exclure pour préserver les autres. Accepter cette fatalité, c'est renier l'exigence d'égalité. L'inégalité et l'acceptation du déterminisme commencent dans les têtes des enfants.
Le président de la République et le ministre de l'éducation ne cessent de dénoncer le pédagogisme dont ils affirment que Philippe Mérieu est le principal représentant. Cette stigmatisation n'a à nos yeux qu'un véritable objectif : écarter la vraie question, qui est « que fait-on des élèves qui ne veulent pas apprendre ? ». Les pédagogues n'ont cessé de poser cette question et le font encore obstinément. Le gouvernement actuel répond par des « y a qu'à » et « il faut que ». Il pense que s'intéresser à la mobilisation des élèves sur leurs apprentissages est de la démagogie et du temps perdu, alors que c'est la seule condition pour une véritable démocratisation. Si on ne traite pas de la question du désir d'apprendre, seuls ceux qui ont trouvé leur panoplie de bon élève au pied de leur berceau vont réussir à l'école. Sous prétexte de réalisme, la politique d'aujourd'hui tourne le dos à tous les acquis de la pédagogie. Elle est plus proche du formatage que de l'éducation, et si je devais souhaiter une chose, ce serait qu'on réhabilite le patrimoine et la formation pédagogiques dans tous les domaines. Célestin Freinet, Maria Montessori, Anton Makarenko, Lorenzo Milani, Pestalozzi, Oury, ont beaucoup de choses encore à nous apprendre. Si nous ne les écoutons pas un peu, nous allons vraiment sacrifier une génération d'élèves. Les méthodes qui ont « fait leurs preuves », ce sont eux qui les ont proposées et ce sont eux qu'il faut écouter.
Une réforme radicale des trois premières années de l'université est nécessaire. Aujourd'hui, l'université, pour beaucoup d'étudiants, c'est la jungle et le règne de la débrouille. Seuls quelques étudiants motivés et adaptés survivent. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux préfèrent aller en classe préparatoire, en BTS ou en DUT, où ils ont le sentiment d'être mieux encadrés, mieux suivis, et mieux épaulés dans leur travail. Il faut donc penser une pédagogie totalement différente pour l'entrée à l'université, avec des petits groupes, des apprentissages méthodologiques, un tutorat systématique, des entretiens d'évaluation réguliers…
Reprendre l'offensive dans le monde enseignant :
Nous sommes donc convaincus qu'une réelle unité d'action doit se construire entre une gauche progressiste et l'ensemble des acteurs du milieu éducatif. En effet nous ne pouvons nous permettre de regarder se dégrader la situation et de constater les dégâts résultants des politiques de droite mais également agir par l'intermédiaire des organisations professionnelles et syndicales d'enseignants, des syndicats étudiants et lycéens, des mutuelles, des organisations de parents d'élèves mais nous devrons également agir en commun avec les mouvements d'éducation populaire pour ne pas baisser les bras concernant une population nombreuse qui a été quitté le milieu scolaire ou universitaire.
Attention à éviter certains faux débats… Nous ne sommes pas hostile a priori à la bivalence, dès lors qu'elle s'effectue sur la base du volontariat des professeurs. Un des problèmes majeurs des établissements du second degré aujourd'hui est la fragmentation des enseignements. L'élève n'a pas de vision globale des exigences de ses professeurs, et ces derniers ne constituent pas une véritable équipe susceptible d'assurer un suivi cohérent et une relation constructive avec les familles. Il faut penser des unités pédagogiques d'une centaine d'élèves, confiées à une douzaine de professeurs, qui y effectueraient la totalité de leur service. Ils jouiraient ainsi d'une liberté pour adapter leur enseignement aux élèves et pourraient être véritablement impliqués dans le fonctionnement de l'établissement. Concernant l'accès à la bivalence, il faut proposer aux enseignants une année sabbatique de formation en compensation de leur acceptation et de leur engagement à se former et à enseigner dans une deuxième discipline.
Le manque de reconnaissance sociale et financière des enseignants est très grave aujourd'hui. C'est l'une des principales raisons du malaise. Probablement a-t-on profité de la féminisation massive de ce métier pour ne pas trop en augmenter les salaires, ce qui est proprement scandaleux. Dans l'histoire pourtant, les professeurs n'ont guère été mieux payés qu'aujourd'hui. Mais ils jouissaient d'une estime sociale et d'un statut qui pouvaient compenser ce déficit financier. Par ailleurs, les difficultés du métier étaient moindres : aujourd'hui, on attend du professeur qu'il assume des fonctions qui ont été progressivement abandonnées par la religion, la collectivité et la famille. On attend de lui qu'il promeuve des valeurs qui sont radicalement contraires à celles de la publicité et des médias. On exige qu'il fasse réussir tous les élèves... Tout cela est, somme toute, une évolution logique sinon normale, mais qui nécessite de repenser la place de l'enseignant dans la société, la nature de ses missions, sa formation, et, bien évidemment, sa rémunération.
Il est par ailleurs désormais impératif de changer le système de recrutement pour mieux l'adapter à la réalité des écoles et des établissements. Pourquoi certains professeurs, parce qu'ils ont passé un concours plus difficile, auraient-ils moins d'heures de cours à effectuer, le plus souvent devant des élèves de centre-ville, et en étant plus payés. Il nous semble qu'il faut prendre en compte les difficultés réelles qui se posent sur le terrain et promouvoir la formation continue des enseignants. Dans ce cadre, l'agrégation pourrait être une promotion pour ceux et celles qui se sont beaucoup investis dans leur métier et ont mis en place des activités pédagogiques nouvelles et efficaces.
Par ailleurs, il faut sans doute réfléchir à l'équilibre, au sein des concours, entre les différentes épreuves. Les épreuves à caractère pédagogique sont insuffisantes et ne permettent pas vraiment de valider les compétences qui auraient été acquises dans ce domaine.
Renforcer l'éducation populaire :
Permettre à notre peuple de s’investir dans la construction de son avenir permet à la fois de le rendre partie prenante de ce projet mais aussi d’être acteur citoyen défendant l’intérêt général et mettant de côté tout intérêt particulier synonyme de division, d’individualisme, de communautarisme. Cette méthode est celle de l’éducation populaire qui s’inscrit dans une démarche républicaine.
Si l’éducation populaire peut se définir comme une pédagogie interactive où les individus sont acteurs de leur propre formation, elle est avant tout l’apprentissage de l’initiative, de la prise de responsabilité et de l’autonomie. Elle se propose de faire émerger, par des pratiques collectives de mise en situation, les ressorts, les potentialités inhérentes à chaque individu, à chaque groupe. En ce sens, l’éducation populaire incite à l’action collective, à la découverte de l’exercice du contre-pouvoir. Elle peut permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place de citoyen. Elle permet à chacun(e) de progresser et de développer, à tous les âges de la vie, une réelle capacité à vivre en société.
L’éducation populaire n’est la propriété de personne ; au contraire, elle est disponible pour tous, sans différence de classe ni de fonction. Elle suppose un effort de tous, une soif de connaître et d’écouter réciproquement, quels que soient les statuts et fonctions.
Elle est une méthode incontournable pour faire vivre la démocratie participative. Elle est l’élément indispensable de la construction d’un projet de société qui réduit les inégalités sociales, culturelles et économiques. En ce sens, elle vise à l’émancipation collective et collectivement, de tous et par tous ! L’intervention associative est d’autant plus importante qu’elle n’apparaît pas, aux yeux des citoyens, comme liée à des enjeux de postes électifs mais à la défense d’une orientation politique claire.
L’éducation populaire peut et doit être notre outil pour contribuer à faire comprendre les enjeux et la complexité des situations vécues, à faire prendre conscience aux individus de leur place et de leur rôle possible, à leur permettre d’acquérir leur autonomie afin de maîtriser les situations plutôt que de les subir. Elle contribue à la construction de la conscience individuelle et collective pour permettre la transformation sociale. L’éducation populaire, dans le prolongement de l’enseignement public, parce qu’elle permet à chacun de s’approprier une citoyenneté active, contribue à défendre et à renforcer les valeurs de la République. L’éducation populaire offre aux personnes l’outil pour redevenir des acteurs démocratiques, des porteurs de projets.
Si nous souhaitons être compris, nous devons d’abord savoir entendre les nouvelles attentes des citoyens. Ils exigent désormais des orientations politiques claires s’inscrivant dans le respect et la défense de nos valeurs républicaines socialistes. Ils exigent d’en être les acteurs. La crise politique, sociale et institutionnelle dans laquelle notre pays est entré ne peut se dénouer que par un changement radical du lien que nous entretenons avec notre peuple. Nous devons lui proposer un modèle démocratique rééquilibré. Le moment est venu de donner à la démocratie participative les moyens, y compris institutionnels, de se développer.
Cela concerne tous les segments de la vie sociale :
-dans la cité avec la place et le rôle des conseils de quartier, les droits et obligations des élus (majoritaires et minoritaires), le droit d’interpellation citoyen tant auprès des collectivités élues que des entreprises locales, reconnaissance de la place et du rôle des associations de défenses d’intérêts collectifs non communautaires (consommation, environnement, loisirs,…) ;
-dans l’entreprise avec la protection accrue de l’exercice du droit syndical, la valorisation et la protection des institutions représentatives des personnels dans TOUTES les entreprises, la reconnaissance des accords majoritaires, la modification des règles de la représentativité ;
-dans l’éducation avec le développement des structures de la vie lycéenne, un rôle accru des partenaires de la co-éducation (parents d’élèves, associations partenaires de l’école publique, projets d’établissement) ;
-dans la vie culturelle avec son accès pour tous dès la scolarité, l’abandon de la logique commerciale des programmes télévisuels publics laissant place à la création et à l’ouverture sur le monde.
Frédéric Faravel
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samedi 14 juin 2008
Paradis Fiscaux, l'urgence d'agir !
Par Sébastien Lombard
Nous, socialistes, savons à quel point le capitalisme est un modèle économique producteur d'inégalités tant il conduit à l'accumulation des richesses au profit de quelques uns et au détriment de la majorité sociale. Mais les sociaux démocrates européens s'en sont peu à peu accomodés parce qu'il avait été possible, notamment après le new deal aux Etats-Unis, le Front Populaire en France de mettre en oeuvre une politique de partage de la valeur ajoutée en faveur des salariés. L'Etat "providence" s'est alors construit avec une redistribution par la fiscalité donc des solidarités collectives.
Le tournant du capitalisme financier
Et pourtant, après la fin de Bretton Woods et la fin de la politique de convertibilité, de l'or en dollars en 1971, avec le taux de change flottant, une déréglementation monétaire a été instauré. Ce sont ses effets qui a fait émerger l’idée d’une monnaie commune pour protéger l'Europe du désordre.Dans le même temps on a assisté à une libéralisation des marchés financiers toujours plus importante.
Ce tournant a marqué la montée de ce que l'on nomme aujourd'hui capitalisme financier. S’il a autant pris le pouvoir sur l'économie mondiale depuis plus de trente ans, il est primordial de noter que la déréglementation fiscale et le secret bancaire auront également joué un rôle prépondérant pour aider sa propagation.
La combinaison de ces deux facteurs a permis aux grands comptes de la planète, quelles que soient leurs origines- entreprises, fortunes privées, mafias - de faire s'évader une large partie de leurs valeurs monetaires loin de tout impôt, de tout contrôle démocratique.
Se sont alors accrues les créations de paradis fiscaux dans des Etats où la réglementation fiscale était réduite au minimum voire absente pour certains types de comptes.
Les paradis fiscaux, un outil au service des inégalités et de la criminalité organisée
Avec l'essor de la mondialisation financière, ces centres financiers se sont multipliés à travers l'Europe et plus encore à l'échelle internationale. Il existe entre 60 et 90 paradis fiscaux. Parmi eux, les îles caïmans abritant 80 % des fonds d’investissement du monde et gérant plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs, les îles vierges qui logent la moitié des sociétés non résidentes du monde, 225 banques et 820 fonds d’investissement sont implantées dans les îles anglo-normandes (source : Plateforme paradis fiscaux et judiciaires). Une part croissante des profits dégagés par les multinationales et des comptes des grandes banques internationales a transité par ces circuits pour s'y cacher ou s'y transformer afin de déjouer les contrôles judiciaires et fiscaux des Etats et des juridictions internationales.
Des sociétés financières, liées aux mafias (organisant le trafic d'être humains, de stupéfiants, d'armes...) et aux organisations terroristes, utilisent les techniques de blanchiment en introduisant au préalable les fonds de provenance criminelle dans les centres financiers off shore. Ensuite ces fonds sont dirigés vers des investissements ou des placements qui enrichissent les mêmes mafias. Parallèlement, des cellules de renseignement financier internationales, telle que TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) qui dépend des ministres de l’Économie, des finances et de l’emploi ainsi que du Budget, des comptes publics, ont à connaitre de ces affaires. Elles traitent les renseignements recueillis auprès des opérateurs financiers, les recoupent puis les transmettent aux autorités judiciaires. Certes, avec des moyens et un périmètre d'impact limités.
" Les paradis fiscaux offrent très souvent un régime très opaque en matière de droit des sociétés. Il y est ainsi possible de créer des sociétés écrans qui permettent de dissimuler l’identité des bénéficiaires et des ayants droit. L’utilisation de ce type de société (fiducies, trusts, fondations…) est propice aux activités illicites et permet le blanchiment d’argent." note également le Syndicat national unifié des impôts dans une note de février 2008.
Les pertes estimées par les Organisations interétatiques telles que le FMI, l'OCDE ou l'ONU sont énormes pour l'économie réelle. Les classes populaires et moyennes qui dépendent de l'investissement des collectivités publiques ou des entreprises pour bénéficier du progrès de la productivité vont donc en souffrir. Le manque de recettes pour l'Etat français avoisine une somme représentant entre 30 et 40 milliards d'euros par an pour ce qui concerne l'évasion et la fraude fiscale. Si toutes les fraudes fiscales ne sont pas liées à l'existence des paradis fiscaux, une large part des pertes peuvent leur être attribuées.
L'axiome selon lequel l'économie mondiale fonctionne autour d'une "socialisation des pertes et la privatisation des profits" prend alors tout son sens !
Des initiatives dans l'Europe social démocrate des années 90 et au début du 21ème siècle
En 1996, des magistrats européens, tels qu'Eva Joly, co-signent l'Appel de Genève pour obtenir une harmonisation fiscale et judiciaire européenne dont la levée du secret bancaire permettant de lutter contre les fraudes fiscales et le blanchiment d'argent issu de la criminalité organisée. Puis, en 2001 et 2002, en France, une Mission d'information parlementaire commune est lancée à l'initiative de deux députés socialistes avec le soutien de Lionel Jospin alors Premier Ministre.
Dans la société civile, un journaliste-écrivain, Denis Robert, a entamé un considérable travail d'enquête, sur une mystérieuse chambre de compensation nommée CLEARSTREAM. Une société qui, d'après certains experts et anciens employés de la firme, permet à des flux de centaines de milliards d'euros d'échapper aux contrôles et taxations.
A leur suite, une directive européenne en 2003 voit le jour sous l'impulsion concertée de plusieurs gouvernements pour introduire une réglementation a minima de la fiscalisation de l'épargne alors que depuis 1990 la circulation des capitaux est libre dans l'Union Européenne.
L'OCDE renforce aussi le groupe d'action financière (GAFI), créé en 1989 pour lutter principalement contre le blanchiment d'argent, facilité par l'existence de places financières dites off shore.
Cependant, ces contre-offensives contre le développement des paradis fiscaux ne vont pas s'avérer déterminantes pour freiner ce mouvement de privatisation accélérée des profits financiers.
Face à la prolifération de l'évasion fiscale et du blanchiment d'argent : des réponses de gauche restent à formuler
Selon un sénateur démocrate du Congrès américain, Carl Levin, de 40 à 70 milliards de dollars échappent chaque année au Trésor américain en raison des possibilités offertes par les paradis fiscaux.
Benoit Hamon, eurodéputé socialiste, déclarait récemment : "Le coût de la fraude fiscale ce sont moins d’écoles, moins d’hôpitaux, moins de recherche publique, plus de TVA et plus d’impôts pour les contribuables honnêtes qui n’ont pas les moyens et l’opportunité de se livrer au "shopping fiscal".
En Europe, comme sur le plan mondial, il est urgent d'agir pour stopper le "laisser faire" coupable qui préside en la matière. Car s'il existe des enquêtes judiciaires et fiscales et des coopérations entre les Etats membres, elles ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Pour être véritablement volontariste et installer le post-libéralisme il faudra donc que la gauche dans le cadre de l'UE, puisqu'on ne peut pas raisonnablement compter sur la droite pour le faire, décide :
- Le renforcement des moyens humains et matériels des administrations fiscales,
- Un dispositif d’échanges automatiques d’informations entre les administrations, les juridictions sur les titulaires comptes domiciliés dans les paradis fiscaux,
- un « taux plafond » d’imposition sur la consommation (TVA) et un « taux plancher » d’imposition des sociétés (IS), recommandés notamment par le Snui,
- une harmonisation par le haut des bases d’imposition des Etats membres de l'UE, en améliorant l'assiette sur les capitaux
- une obligation sous peine de sanctions ou de poursuites pénales de déclarer les revenus et bénéfices réalisés dans les paradis fiscaux. Si ce n'est pas suffisant l'UE pourrait socialiser certaines sociétés off shore telles que CLEARSTREAM,
- Une audition par les parlementaires européens du groupe PSE du commissaire chargé de la fiscalité et de l'union douanière et celui chargé des affaires économiques en exigeant une initiative de la Commission sur les paradis fiscaux,
- une harmonisation -au moins européenne- avec l'appui du GAFI, des règles et procédures dans la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale.
Il est donc temps de rassembler la gauche pour enclencher l'alternative !
Nous, socialistes, savons à quel point le capitalisme est un modèle économique producteur d'inégalités tant il conduit à l'accumulation des richesses au profit de quelques uns et au détriment de la majorité sociale. Mais les sociaux démocrates européens s'en sont peu à peu accomodés parce qu'il avait été possible, notamment après le new deal aux Etats-Unis, le Front Populaire en France de mettre en oeuvre une politique de partage de la valeur ajoutée en faveur des salariés. L'Etat "providence" s'est alors construit avec une redistribution par la fiscalité donc des solidarités collectives.
Le tournant du capitalisme financier
Et pourtant, après la fin de Bretton Woods et la fin de la politique de convertibilité, de l'or en dollars en 1971, avec le taux de change flottant, une déréglementation monétaire a été instauré. Ce sont ses effets qui a fait émerger l’idée d’une monnaie commune pour protéger l'Europe du désordre.Dans le même temps on a assisté à une libéralisation des marchés financiers toujours plus importante.
Ce tournant a marqué la montée de ce que l'on nomme aujourd'hui capitalisme financier. S’il a autant pris le pouvoir sur l'économie mondiale depuis plus de trente ans, il est primordial de noter que la déréglementation fiscale et le secret bancaire auront également joué un rôle prépondérant pour aider sa propagation.
La combinaison de ces deux facteurs a permis aux grands comptes de la planète, quelles que soient leurs origines- entreprises, fortunes privées, mafias - de faire s'évader une large partie de leurs valeurs monetaires loin de tout impôt, de tout contrôle démocratique.
Se sont alors accrues les créations de paradis fiscaux dans des Etats où la réglementation fiscale était réduite au minimum voire absente pour certains types de comptes.
Les paradis fiscaux, un outil au service des inégalités et de la criminalité organisée
Avec l'essor de la mondialisation financière, ces centres financiers se sont multipliés à travers l'Europe et plus encore à l'échelle internationale. Il existe entre 60 et 90 paradis fiscaux. Parmi eux, les îles caïmans abritant 80 % des fonds d’investissement du monde et gérant plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs, les îles vierges qui logent la moitié des sociétés non résidentes du monde, 225 banques et 820 fonds d’investissement sont implantées dans les îles anglo-normandes (source : Plateforme paradis fiscaux et judiciaires). Une part croissante des profits dégagés par les multinationales et des comptes des grandes banques internationales a transité par ces circuits pour s'y cacher ou s'y transformer afin de déjouer les contrôles judiciaires et fiscaux des Etats et des juridictions internationales.
Des sociétés financières, liées aux mafias (organisant le trafic d'être humains, de stupéfiants, d'armes...) et aux organisations terroristes, utilisent les techniques de blanchiment en introduisant au préalable les fonds de provenance criminelle dans les centres financiers off shore. Ensuite ces fonds sont dirigés vers des investissements ou des placements qui enrichissent les mêmes mafias. Parallèlement, des cellules de renseignement financier internationales, telle que TRACFIN (traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) qui dépend des ministres de l’Économie, des finances et de l’emploi ainsi que du Budget, des comptes publics, ont à connaitre de ces affaires. Elles traitent les renseignements recueillis auprès des opérateurs financiers, les recoupent puis les transmettent aux autorités judiciaires. Certes, avec des moyens et un périmètre d'impact limités.
" Les paradis fiscaux offrent très souvent un régime très opaque en matière de droit des sociétés. Il y est ainsi possible de créer des sociétés écrans qui permettent de dissimuler l’identité des bénéficiaires et des ayants droit. L’utilisation de ce type de société (fiducies, trusts, fondations…) est propice aux activités illicites et permet le blanchiment d’argent." note également le Syndicat national unifié des impôts dans une note de février 2008.
Les pertes estimées par les Organisations interétatiques telles que le FMI, l'OCDE ou l'ONU sont énormes pour l'économie réelle. Les classes populaires et moyennes qui dépendent de l'investissement des collectivités publiques ou des entreprises pour bénéficier du progrès de la productivité vont donc en souffrir. Le manque de recettes pour l'Etat français avoisine une somme représentant entre 30 et 40 milliards d'euros par an pour ce qui concerne l'évasion et la fraude fiscale. Si toutes les fraudes fiscales ne sont pas liées à l'existence des paradis fiscaux, une large part des pertes peuvent leur être attribuées.
L'axiome selon lequel l'économie mondiale fonctionne autour d'une "socialisation des pertes et la privatisation des profits" prend alors tout son sens !
Des initiatives dans l'Europe social démocrate des années 90 et au début du 21ème siècle
En 1996, des magistrats européens, tels qu'Eva Joly, co-signent l'Appel de Genève pour obtenir une harmonisation fiscale et judiciaire européenne dont la levée du secret bancaire permettant de lutter contre les fraudes fiscales et le blanchiment d'argent issu de la criminalité organisée. Puis, en 2001 et 2002, en France, une Mission d'information parlementaire commune est lancée à l'initiative de deux députés socialistes avec le soutien de Lionel Jospin alors Premier Ministre.
Dans la société civile, un journaliste-écrivain, Denis Robert, a entamé un considérable travail d'enquête, sur une mystérieuse chambre de compensation nommée CLEARSTREAM. Une société qui, d'après certains experts et anciens employés de la firme, permet à des flux de centaines de milliards d'euros d'échapper aux contrôles et taxations.
A leur suite, une directive européenne en 2003 voit le jour sous l'impulsion concertée de plusieurs gouvernements pour introduire une réglementation a minima de la fiscalisation de l'épargne alors que depuis 1990 la circulation des capitaux est libre dans l'Union Européenne.
L'OCDE renforce aussi le groupe d'action financière (GAFI), créé en 1989 pour lutter principalement contre le blanchiment d'argent, facilité par l'existence de places financières dites off shore.
Cependant, ces contre-offensives contre le développement des paradis fiscaux ne vont pas s'avérer déterminantes pour freiner ce mouvement de privatisation accélérée des profits financiers.
Face à la prolifération de l'évasion fiscale et du blanchiment d'argent : des réponses de gauche restent à formuler
Selon un sénateur démocrate du Congrès américain, Carl Levin, de 40 à 70 milliards de dollars échappent chaque année au Trésor américain en raison des possibilités offertes par les paradis fiscaux.
Benoit Hamon, eurodéputé socialiste, déclarait récemment : "Le coût de la fraude fiscale ce sont moins d’écoles, moins d’hôpitaux, moins de recherche publique, plus de TVA et plus d’impôts pour les contribuables honnêtes qui n’ont pas les moyens et l’opportunité de se livrer au "shopping fiscal".
En Europe, comme sur le plan mondial, il est urgent d'agir pour stopper le "laisser faire" coupable qui préside en la matière. Car s'il existe des enquêtes judiciaires et fiscales et des coopérations entre les Etats membres, elles ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Pour être véritablement volontariste et installer le post-libéralisme il faudra donc que la gauche dans le cadre de l'UE, puisqu'on ne peut pas raisonnablement compter sur la droite pour le faire, décide :
- Le renforcement des moyens humains et matériels des administrations fiscales,
- Un dispositif d’échanges automatiques d’informations entre les administrations, les juridictions sur les titulaires comptes domiciliés dans les paradis fiscaux,
- un « taux plafond » d’imposition sur la consommation (TVA) et un « taux plancher » d’imposition des sociétés (IS), recommandés notamment par le Snui,
- une harmonisation par le haut des bases d’imposition des Etats membres de l'UE, en améliorant l'assiette sur les capitaux
- une obligation sous peine de sanctions ou de poursuites pénales de déclarer les revenus et bénéfices réalisés dans les paradis fiscaux. Si ce n'est pas suffisant l'UE pourrait socialiser certaines sociétés off shore telles que CLEARSTREAM,
- Une audition par les parlementaires européens du groupe PSE du commissaire chargé de la fiscalité et de l'union douanière et celui chargé des affaires économiques en exigeant une initiative de la Commission sur les paradis fiscaux,
- une harmonisation -au moins européenne- avec l'appui du GAFI, des règles et procédures dans la lutte contre l’évasion et la fraude fiscale.
Il est donc temps de rassembler la gauche pour enclencher l'alternative !
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mercredi 11 juin 2008
Si les salaires stagnent, ce n’est pas la faute des 35 heures

Interview à l’Express : Le gouvernement s’apprête à réformer les 35 heures pour la sixième fois depuis 2003. (…) le député européen-Benoit Hamon- accuse Nicolas Sarkozy de préparer la privatisation du système de financement des retraites et de l’assurance chômage.
Le gouvernement va faire voter une nouvelle loi pour assouplir les 35 heures. Est-ce la fin de la RTT ?
C’est pire que ça. Il s’agit d’une remise en cause de la durée légale du travail. Les entreprises pourront désormais décider librement du contingent d’heures supplémentaires, ce qui va complètement dérégler les cadences et les horaires. Ce projet de loi constitue une attaque violente contre les conditions de travail des salariés. Cette régression se cache sous le terme de “modernisation”, et ça ne fait sursauter personne.
Personne, pas même au PS…
Ce n’est pas exact. Les socialistes ont appelé à participer à la manifestation du 17 juin, à l’appel de la CGT et de la CFDT. Certaines personnalités du parti sont peut-être plus gênées que d’autres sur cette question, ce n’est pas mon cas. J’étais dans le cabinet de Martine Aubry au moment où les lois sur les 35 heures ont été votées et je suis fier de cette réforme, qui a créé près de 400.000 emplois. Je ne nie pas les difficultés d’application, mais on oublie trop souvent les bénéfices considérables que les salariés en ont tiré.
Même en terme de pouvoir d’achat?
Si les salaires stagnent, ce n’est pas la faute des 35 heures. La droite a réussi à installer l’idée selon laquelle il fallait “travailler plus pour gagner plus”. Je crois pour ma part qu’on peut gagner plus en travaillant autant. Selon les chiffres de la Comptabilité nationale, la part des profits réalisés par les entreprises, et redistribués aux actionnaires, est passée de 25% dans les années 1970 à 65% dans les années 2000. Voilà pourquoi elles n’investissent plus assez, voilà pourquoi, aussi, elles rémunèrent mal le travail. La question des salaires doit être la priorité aujourd’hui.
Comment faire en sorte que les entreprises augmentent les salaires?
Il faut instaurer une fiscalité plus pénalisante sur les dividendes pour inciter les entreprises à distribuer une part plus grande des bénéfices aux salariés. Et il faut également leur donner une obligation de résultat dans les négociations salariales qui se déroulent chaque année. Ce n’est malheureusement pas le chemin qu’a pris Nicolas Sarkozy, qui fait avec la législation du travail ce qu’il fait avec l’audiovisuel public : donner des cadeaux à ses amis, notamment le Medef. Lorsque les 35 heures ont été mises en place, des allègements de charges ont été accordés aux entreprises. Cela représente aujourd’hui 20 milliards d’euros*, qui devraient être affectés aux systèmes de retraite et d’assurance chômage. Les 35 heures sont remises en cause, mais pas ces allègements. Le patronat a le beurre, et l’argent du beurre. Nicolas Sarkozy organise la faillite du système français de solidarité pour pouvoir dire qu’il ne fonctionne plus, et le privatiser.
*NDLR. Les allègements de charge représentent bien 20 milliards d’euros, mais seuls 12 milliards correspondent à la réduction du temps de travail. Ces allègements ont été accordés pour en contrepartie du passage aux 35 heures sans baisse de salaire, et pour compenser l’harmonisation à la hausse des différents Smic intervenue entre 2003 et 2005.
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